Épisode 10 et dernier de la série « Les Clichés de la Route » : chaque semaine, on a croqué un cliché qu’un usager de la route a sur un autre, puis regardé ce que dit vraiment le Code. On rit du cliché, jamais des gens. Pour finir, on retourne l’objectif vers les bons élèves.
Le portrait-robot
Velotaffus Fluorescens, dit « le Vélotaffeur Suréquipé ». Gilet haute visibilité par-dessus la veste haute visibilité, quatre éclairages dont deux de secours, rétroviseur réglé au millimètre, casque à LED, sacoches étanches testées en conditions polaires, pince à pantalon réfléchissante. Piste cyclable de banlieue, 7h50 précises, par tous les temps, trace GPS identique au mètre près depuis 2019.
Ses comportements observés par les autres cyclistes :
- Il s’arrête au feu orange, par principe
- Il tend le bras façon moniteur d’auto-école à chaque micro-virage
- Il fait la morale au Fixie arrêté (ou pas) au même feu
- Il connaît le Code mieux que l’examinateur, et le fait savoir

Portrait rapproché
- Sa plus grande hantise : la batterie du feu arrière à 20 %. C’est pour ça qu’il a deux feux arrière. Et deux batteries de secours. Et un catadioptre, au cas où la physique lâcherait aussi.
- Son breuvage : café filtre en thermos calibré, deux sucres, préparé la veille à 21h30 en même temps que la tenue du lendemain, posée sur la chaise dans l’ordre d’enfilage.
- Son paradoxe : 340 € d’équipement de visibilité, et il se plaint qu’on ne le voit pas. On le voit. Depuis l’espace, on le voit.
- Ce qui le déclenche : un cycliste sans lumière. Il ne fait pas la morale, pire : il sort une lampe de rechange de sa sacoche et il vous la donne. Impossible de refuser. Vous repartez équipé et coupable.
- Sa phrase fétiche : « Moi, on me voit. »
Voilà pour le folklore. Maintenant, le Code.
« Son gilet jaune est obligatoire » : moins qu’il ne le croit
La surprise, pour lui cette fois : le gilet haute visibilité à vélo n’est obligatoire que hors agglomération, la nuit ou par visibilité insuffisante (35 € sinon, détail sur service-public.gouv.fr). En ville en plein jour, son double gilet relève du choix personnel, pas du Code. Même les bons élèves roulent avec des croyances.
« Ses quatre lumières » : deux suffisent
La nuit ou par visibilité insuffisante : un feu avant blanc ou jaune, un feu arrière rouge, plus les catadioptres (obligatoires en permanence, eux). Amende de 11 € par équipement manquant. Les lumières 3 et 4 du Vélotaffeur sont du confort. Précision utile : un vélo sans éclairage la nuit est invisible à 30 mètres, le sien se voit depuis l’espace. Entre les deux, il y a une marge raisonnable.
« Son casque » : pas obligatoire, mais
Le casque n’est obligatoire que pour les moins de 12 ans, conducteur ou passager (135 € pour l’adulte responsable). Pour lui, c’est un choix. Le sien a des LED intégrées, ce qui n’est exigé nulle part, mais on commence à comprendre le personnage.
« Il s’arrête au feu orange » : c’est littéralement la règle
L’article R412-31 impose l’arrêt au feu jaune fixe, sauf impossibilité de s’arrêter en sécurité : 35 € sinon. Le comportement qui fait ricaner derrière lui est simplement l’application du texte. Sur ce point, le moniteur improvisé a raison. Sur le ton employé pour le faire savoir au Fixie, le Code ne se prononce pas.
Le score final
- Double gilet en ville de jour : non obligatoire, mais légal
- Quatre lumières : deux obligatoires la nuit, le reste en option
- Casque adulte : non obligatoire
- Arrêt au feu orange : c’est la règle
- Bras tendu à chaque virage : c’est aussi la règle (avertir de son changement de direction)
Le seul portrait de la série où presque tout est conforme. Le cliché des autres cyclistes ne porte pas sur ses infractions, il n’en a pas : il porte sur son zèle. C’est dire si on avait besoin d’un dixième épisode.
Sauf que, et c’est la fin de la série
Statistiquement, c’est lui qui a raison : visible, prévisible, freinable. Dix épisodes, dix portraits, et une seule conclusion. Le Fixie, le Lycra, le Papy Volant, le Touriste en Lime, le Piéton Kamikaze, le Motard Pressé, la File de Gauche, le Livreur Météore, le Parent Dépose-Minute et le Vélotaffeur : on a tous été au moins deux personnages de cette liste, parfois dans la même journée. Les mauvais comportements n’ont pas de véhicule attitré. Les clichés, si.
Vous avez été témoin d’une situation qui mérite un arbitrage impartial ? Signalez-la, le Juge du Code de la Route s’en occupe. Et toute la série est dans la catégorie Clichés de la Route.



