Épisode 9 de la série « Les Clichés de la Route » : chaque semaine, on croque un cliché qu’un usager de la route a sur un autre, puis on regarde ce que dit vraiment le Code. On rit du cliché, jamais des gens. Épisode calé sur la rentrée, évidemment.

Le portrait-robot

Parentus Deposus, dit « le Parent Dépose-Minute ». SUV familial qui n’a jamais vu un chemin de terre, warnings allumés, gobelet de café encore chaud, enfant à l’arrière avec un cartable de 12 kg, portière déjà entrouverte avant l’arrêt complet. Il se déplace en convoi avec ses semblables, qu’il déteste cordialement.

Ses comportements observés par tout le monde :

  • Double file devant l’école, tous les matins, « exceptionnellement »
  • « J’en ai pour deux minutes » (durée constatée : onze)
  • Portière ouverte côté circulation sans un regard, pile quand un vélo arrive
  • Créneau abandonné en cours de route, la voiture reste en épi improvisé
Fiche illustrée du cliché « Le Parent Dépose-Minute », ses signes distinctifs annotés

Portrait rapproché

  • Sa plus grande hantise : la place libre à 50 mètres. Elle existe, il l’a vue, il l’ignore. 50 mètres à pied avec un cartable de 12 kg et un enfant qui traîne, soyons sérieux.
  • Son breuvage : café du drive dans le porte-gobelet, entamé brûlant à 8h12, terminé froid à 14h40 sur le parking du bureau.
  • Son paradoxe : il a choisi un SUV « pour la sécurité des enfants », et il le gare sur le passage piéton des enfants des autres.
  • Ce qui le déclenche : les warnings. Une fois allumés, tout devient légal dans sa tête : double file, passage piéton, arrêt de bus. C’est son mot magique, son laissez-passer clignotant.
  • Sa phrase fétiche : « J’en ai pour deux minutes. » (unité de mesure locale valant onze minutes)

Voilà pour le folklore. Maintenant, le Code.

« La double file, deux minutes » : 135 €

L’arrêt en double file est un arrêt gênant : 135 € (article R417-10). La durée ne change rien, le Code ne connaît pas la notion de « juste deux minutes ». Et si l’arrêt se fait sur un passage piéton ou une piste cyclable, on passe en stationnement très gênant (article R417-11) : 135 € aussi, mais avec mise en fourrière possible.

« Mais j’ai mis mes warnings » : ça ne change rien

Les feux de détresse signalent un danger, ils n’accordent aucun droit. Un arrêt gênant avec warnings reste un arrêt gênant à 135 €. C’est le bouton le plus surestimé de l’automobile : il ne transforme pas une infraction en tolérance, il l’éclaire juste mieux.

« La portière sans regarder » : 11 €, et c’est le problème

Ouvrir une portière quand c’est dangereux pour les autres est interdit (article R417-7). L’amende : 1ère classe, 11 €. Onze euros. C’est l’infraction la moins chère de l’épisode, et c’est pourtant celle qui blesse le plus : l’emportiérage envoie des cyclistes à l’hôpital, et la responsabilité civile de l’ouvreur est engagée à 100 %, même sans contact si l’ouverture a causé la chute. Le bon réflexe s’appelle la poignée à la hollandaise : ouvrir avec la main opposée, le buste pivote et le regard passe automatiquement sur l’angle mort.

Le score final

  • Double file : infraction, 135 €
  • Arrêt sur passage piéton ou piste cyclable : infraction, 135 € et fourrière possible
  • Warnings comme permis de stationner : ne change rien
  • Portière dangereuse : infraction, 11 € d’amende, 100 % de responsabilité en cas d’accident

Le barème le plus déséquilibré de la série : la double file qui gêne coûte 135 €, la portière qui blesse en coûte 11.

Sauf que

Deux boulots, trois enfants, un planning au cordeau : la double file est souvent le symptôme d’une journée impossible, pas d’un mépris du Code. Ils ne sont pas tous comme ça, et la plupart détestent eux-mêmes ce moment. Le calcul reste simple : deux minutes de retard valent mieux qu’une clavicule. Celle du cycliste, ou celle de votre enfant qui descend côté route.

Vous avez été témoin d’une situation qui mérite un arbitrage impartial ? Signalez-la. Dernier épisode la semaine prochaine : le Vélotaffeur Suréquipé, ou l’art de l’auto-dérision.

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