Épisode 5 de la série « Les Clichés de la Route » : chaque semaine, on croque un cliché qu’un usager de la route a sur un autre, puis on regarde ce que dit vraiment le Code. On rit du cliché, jamais des gens.

Le portrait-robot

Pedestris Kamikazis, dit « le Piéton Kamikaze ». Yeux rivés sur le téléphone, cou à 45 degrés, écouteurs, café à emporter dans l’autre main, capuche qui supprime la vision périphérique. Trajectoire en diagonale, optimisée au mètre près.

Ses comportements observés par les cyclistes et les automobilistes :

  • Il traverse au dernier moment, comme si le vélo qui arrive était une texture de jeu vidéo
  • Le passage piéton est à 10 mètres, il traverse ici
  • Il s’arrête au milieu de la chaussée pour finir son message
  • Il sursaute et s’indigne quand on lui sonne dessus
Fiche illustrée du cliché « Le Piéton Kamikaze », ses signes distinctifs annotés

Portrait rapproché

  • Sa plus grande hantise : rater sa correspondance. Pour gagner 40 secondes de métro, il est prêt à négocier sa trajectoire avec un bus articulé.
  • Son breuvage : le café à emporter, toujours plein, toujours brûlant, tenu comme un niveau à bulle pendant la traversée en diagonale. Aucune goutte perdue à ce jour.
  • Son paradoxe : il tient dans sa main la meilleure technologie de géolocalisation de l’histoire de l’humanité, et il traverse au radar parce qu’il « connaît le chemin ».
  • Ce qui le déclenche : le bonhomme vert qui se met à clignoter. Pour tout le monde, ça veut dire « dépêchez-vous de finir ». Pour lui, c’est un starter de 100 mètres.
  • Sa phrase fétiche : « Vas-y, il m’a vu. » (il ne l’a pas vu)

Voilà pour le folklore. Maintenant, le Code.

« Il traverse n’importe où » : 4 €

La règle : quand un passage piéton existe à moins de 50 mètres, le piéton doit l’utiliser (article R412-37). L’amende forfaitaire est de 4 €. Oui, quatre euros, moins cher que le café qu’il tient à la main. C’est l’infraction la moins chère de toute notre série, pour l’usager qui risque le plus. On avait déjà creusé le sujet dans notre analyse du piéton hors passage.

« Les piétons ont tous les droits » : pas exactement

Le piéton régulièrement engagé, ou qui manifeste clairement l’intention de traverser, a la priorité, et le conducteur qui la refuse risque gros : 135 € et 6 points pour un automobiliste (article R415-11, détail dans notre article sur le passage piéton). Mais « régulièrement engagé » fait le tri : surgir en diagonale entre deux voitures à 30 mètres du passage, ce n’est pas un engagement régulier, c’est un lancer de dé.

« En plus il a ses écouteurs » : légal

L’interdiction des écouteurs (article R412-6-1) vise les conducteurs. Un piéton peut marcher avec sa musique et son téléphone en toute légalité. Le Code le protège, la physique un peu moins : l’engin qui arrive n’émet parfois aucun bruit, et l’écouteur a supprimé le seul capteur qui restait.

Le score final

  • Traverser hors passage (à moins de 50 m d’un passage) : infraction, 4 €
  • Traverser en diagonale : infraction (la traversée se fait perpendiculairement à la chaussée)
  • Écouteurs et téléphone en marchant : légal
  • S’indigner qu’on lui sonne dessus : légal, et très pratiqué

Sauf que

C’est lui le plus fragile de toute la chaîne. Pas de carrosserie, pas de casque, rien. Dans un choc, le piéton perd à tous les coups, même quand il a juridiquement raison, voir nos statistiques ONISR. Et surtout : c’est un rôle qu’on joue tous, plusieurs fois par jour. Le kamikaze de 8h30, c’est souvent l’automobiliste de 8h50 qui vient de garer sa voiture, le téléphone déjà en main.

Vous avez été témoin d’une situation qui mérite un arbitrage impartial ? Signalez-la. Épisode suivant : le Motard Pressé, vu par les automobilistes, avec une grosse surprise juridique.

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